Jeudi 19 février 2009 4 19 /02 /Fév /2009 21:14

A l'heure de la crise avec un grand C, largement amplifiée par les médias qui eux-mêmes entament une crise de conscience avec un giga C quant au fait d'en avoir peut-être fait un peu trop et généré un climat d'inquiétude (et d'overdose), Laurent Okroglic présente un travail fort à propos...

Son travail sur le grouillis humain des mégalopoles et ses réflexions sur les messages politiques et médiatiques actuels ont déjà connu quelques jolis succès. Plutôt narrative, son œuvre, renvoyant parfois à l'univers de la bd ou à l'illustration, se compose de peintures, de dessins et de films d'animation et pour sa troisième expo en solo chez Claude Samuel, Laurent Okroglic entremêle gouache, encre et acrylique sur papier. Sa récente série en couleur, « Apochaose »,  met une fois encore en valeur son trait mordant, à l'image de sa pensée, pour une représentation désabusée de la mondialisation et du traitement médiatique de la réalité. 


Tlj. sf lun. et dim. de 10h à 13h et de 14h30 à 19h ; sam. de 11h à 19h, Jusqu'au 28-2 à la galerie Claude Samuel, 69, avenue Daumesnil, Paris 12e.

© Laurent Okroglic / galerie Claude Samuel

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Vendredi 6 février 2009 5 06 /02 /Fév /2009 23:25
Avant, le graff s'apprenait sur le tas, à la faveur de la nuit, en mode super anonyme. On le découvrait au matin, au détour d'un mur, d'un tunnel, d'un train. Aujourd'hui, le street art investit les galeries, se vend, se collectionne, fait l'objet de prestigieuses enchères et s'exposera même fin mars sous la nef du Grand Palais. Plus de doutes, ses lettres de noblesses sont désormais acquises et l'on commence à voir éclore des ateliers à destination des plus jeunes pour apprendre à graffer.

Apprendre les techniques du graff et de la photo, c'est sympa. Mais apprendre avec l'Atlas, là c'est la classe internationale. L'Atlas est un type doué. Un de ceux qu'on prend plaisir à pister à travers une ville, à la recherche d'un de ses labyrinthes calligraphiés. Depuis sept ans, il mêle graff et calligraphie dans des œuvres en noir et blanc qu'il scotche, pose ou colle aux quatre coins du globe, de Djakarta à New York, en passant par Paris, Tokyo, Rio... Les traces de son passage sont immortalisées en photo, un art qu'il maîtrise aussi parfaitement. Son talent a rapidement tapé dans l'œil de quelques connaisseurs qui le poussent à exposer de plus en plus fréquemment (récemment à la galerie Moretti & Moretti à Paris et chez South Painters à Toulouse). C'est donc sous la houlette de cet infatigable arpenteur urbain, à la Maison des Métallos, que les jeunes (à partir de 10 ans) vont pouvoir s'initier à l'art des rues. L'Atlas a accepté de leur transmettre son savoir-faire et d'enseigner les fondamentaux de cet art éphémère qu'il est indispensable de fixer par la photo pour en pérenniser le geste et le sens.

Une initiative qu'on ne peut que saluer dans sa contribution à la reconnaissance du street art. Espérons juste que ces mises en lumière de plus en plus nombreuses, qui certes lui apportent un certain respect (de plus en plus officiel), ne finissent pas par lui coûter et l'essouffler... Car les arts urbains ne puisent-ils pas pour partie leur grande force dans la spontanéité, l'anticonformisme, la marginalité, l'adrénaline, le défi... ?

Ateliers avec l'Atlas gratuits sur inscription (01 58 30 11 47), du 23 au 28-2, à la Maison des Métallos, 94, rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11e.

 

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Mardi 3 février 2009 2 03 /02 /Fév /2009 17:53

Le bout du monde. La fin du Boulevard Haussmann. Ses immeubles de bureaux enchanteurs. Ses trottoirs engageants, rendus plus larges la nuit venue après qu'ils se soient vidés de leur cortège diurne de travailleurs encostumés. On s'y voit déjà hein ?

Et bien, sus aux idées reçues parce qu'au 138, boulevard de la Mort Haussmann, un ilot sympathique et ami s'est enraciné il y a moult années. Une galerie dirigée par Frédéric Roulette et Guillaume Sarrazin pour défendre le travail d'artistes fichtrement singuliers (d'où le nom du lieu...). Et il se démène vaillamment bien ce duo, luttant avec foi et courage pour montrer ces artistes dont la violence de propos et de facture freine souvent les visiteurs. Des artistes en « décalage décisif » comme ils aiment à le rappeler. Des artistes qu'on aime beaucoup nous aussi depuis le raz-de-marée émotionnel suscité par la rencontre avec les œuvres de la Mexicaine Estela Torres (qui consigne et expose son quotidien de femme, de mère et d'artiste sous forme de journal intime. Une œuvre écorchée dans laquelle s'associent peinture, dessin, écriture et parfois sang et marqueur). On avait bien aimé aussi l'expo Freak Wave, l'an dernier, consacrée à la naissance de la revue d'images du même nom, qui mêlait en un joyeux foutoir les styles et les générations, et se proclamait « en marge de l'art officiel engendré par l'école des Beaux-Arts ».  

L'expo qui vient de s'ouvrir met en lumière les toiles furieuses de deux artistes mus par la souffrance humaine. L'un est espagnol, l'autre polonaise. Tous deux ont en commun un regard particulier sur l'enveloppe corporelle, vue comme un linceul recouvrant et trahissant à la fois les épreuves de l'âme humaine. Alvaro Diaz Palacios (voir photo) accroche les visages - souvent des autoportraits - et les corps de sa série « Elephant », représentations monstrueuses et torturées provoquées par des films transparents comprimant méchamment la peau de ses sujets. Au sous-sol, Agata Siecinska partage un autoportrait emmêlé dans un amas de tissus sanguinolents, et deux toiles renvoyant au martyr de Sohane, la jeune fille brûlée vive il y a quelques années. La jeune femme, à la peau cireuse et aux yeux clos, y apparaît drapée d'un suaire de détritus... Peu d'œuvres dans ce face-à-face impressionnant, mais de généreux formats ajoutant au séisme déjà dévastateur de la découverte de ces travaux.

Tlj sf sam. et dim. de 10h30 à 14h30, jusqu'au 16-3, Galerie les Singuliers, 138, boulevard Haussmann, Paris 8e.

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Samedi 24 janvier 2009 6 24 /01 /Jan /2009 12:24

L'œuvre de Bill Plympton est à la galerie Chappe. Retour sur le slalom frénétique de mes pupilles entre les planches de story-boards, les croquis et les dessins de ce maître de l'animation indépendante.

J'y allais, il faut bien le dire, avec un maximum d'à priori. Le dernier accrochage organisé par le lieu (consacré aux dessins de Winshluss) ayant frôlé la catastrophe apocalyptique avec ses bouts de scotch pendouillant, ses cadres accrochés à hauteur de géant et ses malhabiles marquises fait maison (l'ensemble sentait bon l'atelier de bricolage entre copains incontestablement doués pour le découpage). Là, surprise, rien de tout ça, mais un petit parcours fort bien foutu avec des œuvres bien alignées (on se serait enfin offert un niveau à bulles ?), encadrées avec un respect certain, des cartels explicatifs clairs, nets et concis, et un moniteur vidéo diffusant un documentaire sur l'œuvre du maître et le maître à l'œuvre. Jubilation. D'autant que Plympton, sympathique gaillard aux allures de père tranquille (à qui faut pas trop la faire quand même), était présent pour donner de sa personne, faire la promo de son dernier long métrage animé, Des idiots et des anges, tout juste sorti sur quelques écrans, et signer à tour de bras ses croquis vendus au prix dérisoire de 10 euros. Re-jubilation. 

On saluera au passage l'une des rares galeries (en fait, la seule en France) capables de se mouiller pour accueillir ce travail peu diffusé. Peu suivi sans doute en raison d'une forme et d'un fond non consensuels et d'une mise en œuvre en totale autonomie. Parce que oui, ce résistant de Plympton opère majoritairement seul. Ses long-métrages d'animations naissent à raison de trente mille dessins crachés en solitaire, faisant de ce forçat du crayon l'un des rares illustrateurs totalement indépendants économiquement. Les recettes du film précédent servant à alimenter la production du suivant. Cette autogestion lui permet de conserver ce ton acide, cette ligne tranchante, ce goût de l'absurde, cette savoureuse mixture entremêlant sexe, violence et poésie qui constitue sa marque depuis son premier film, Boomtown, en 1983.

Sa dernière mouture est à ne pas manquer. Sans doute le moins barré de tous ses films,  Des idiots et des anges n'en reste pas moins l'un des plus oniriques. Angel, personnage égoïste et mufle, se voit forcé de faire le bien à partir du jour où des ailes lui poussent dans le dos. Le combat de l'homme en lutte avec sa métamorphose sera sanglant. Avec pour fil rouge l'indémodable et moralisateur concept du bien et du mal, Plympton parvient à mettre au monde une jolie perle. Il ne délivre pas de sermon, flirtant plutôt avec le conte philosophique. Surtout il renoue avec la spontanéité du geste et l'urgence du trait hachuré (mises de côté dans Hair High au profit d'un dessin plus léché et d'une palette de couleurs bubble gum). Il inonde le tout de couleurs ténébreuses et plonge ses spectateurs dans l'atmosphère noire d'un vieux polar. Les plans se succèdent dans un enchaînement parfaitement fluide de formes, d'idées, de trouvailles. On en sort grisé, affublé, en toute logique, d'une banane à la place de la bouche.

Tlj de 14h à 20h, jusqu'au 31 janvier à la galerie Chappe, 4, rue André-Barsacq, Paris 18e.

Image © Ed Distribution

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  • : Le gagne-pain de M la Miette c’est la culture. Et son grand faible, le vaste univers des arts graphiques. Mais elle ne rechigne pas à plonger dans d’autres formes de création, pour peu qu’elles l’entraînent dans de longues rêveries…
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